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mercredi 11 mars 2015

Les troupes Américaines débarquent dans les pays baltes



Les États-Unis se montrent décidés à défendre les frontières de l’Alliance atlantique face à la Russie. Quelque 3000 GI ont commencé à se déployer en Estonie, en Lettonie et en Lituanie



Jamais encore autant de soldats américains n’auront débarqué dans les pays Baltes, au nez et à la barbe de la Russie. Ces derniers jours, quelque 3000 GI ont commencé à se déployer dans les anciennes républiques soviétiques d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie afin de participer à trois mois de manœuvres qui culmineront entre le 17 mai et le 6 juin prochains dans un exercice multinational. Ils réintégreront ensuite leurs quartiers de Fort Stewart, en Géorgie, mais laisseront sur place leur matériel, notamment des chars Abrams, des véhicules de transport Humvee et des hélicoptères.

Ce déploiement résulte de l’interventionnisme militaire russe à l’œuvre dans cette autre ex-république soviétique qu’est l’Ukraine. Un interventionnisme qui a éveillé les plus grandes craintes dans les pays Baltes, également frontaliers de la Russie et pareillement dotés de minorités russophones. Des figures éminentes du camp occidental ont pris par ailleurs la menace très au sérieux. L’ancien secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen a par exemple assuré qu’il existe de «fortes probabilités» que le Kremlin intervienne dans la région de la Baltique pour tester les Etats-Unis et leurs alliés.


Un risque limité

Contrairement à l’Ukraine, les trois Etats baltes appartiennent à l’OTAN. Cette affiliation signifie qu’au terme du fameux article 5 du traité de l’Atlantique-Nord une attaque dirigée contre l’un d’entre eux sera considérée comme une attaque contre tous les membres de l’alliance. Et que tous les membres de l’alliance devront donc voler à son secours. La question est dès lors de savoir si ces pays sont réellement disposés à le faire. De passage en Estonie l’été dernier, le président américain, Barack Obama, l’a affirmé solennellement en déclarant que «la défense de Tallinn, Riga et Vilnius est aussi importante que celle de Berlin, de Paris et de Londres».

En appui de leurs déclarations, les autorités américaines ont lancé l’opération «Atlantic Resolve» («Détermination atlantique»). Cette initiative consiste à témoigner de la solidarité des Etats-Unis envers leurs alliés est-européens en dépêchant des forces sur leur sol, dans leurs eaux et dans leur ciel. L’une de ces actions emblématiques a été la participation de blindés américains à un défilé militaire marquant l’anniversaire de l’indépendance de l’Estonie dans la ville de Varna, tout près de la frontière russe.

L’envoi de 3000 hommes dans les pays Baltes est l’intervention la plus spectaculaire à ce jour. «Ce déploiement est dérisoire sur le plan militaire, commente Matthieu Chillaud, chercheur en sciences politiques à l’Université de Tartu, en Estonie. La Russie, si elle le voulait, n’aurait aucune peine à envahir la région. Mais il est énorme sur le plan symbolique. Les militaires de l’OTAN ont été jusqu’ici très rares sur place. Or là, ils débarquent en nombre avec des chars!»

Une attaque russe est-elle possible? Matthieu Chillaud n’y croit pas. «Il serait suicidaire de la part du Kremlin de s’en prendre à des membres de l’OTAN, explique-t-il. La Russie n’en est pas là. Si elle envoie fréquemment des avions de chasse au-dessus des pays Baltes et si elle mène des manœuvres terrestres avec la Biélorussie aux abords de leurs frontières, c’est pour rappeler qu’elle est une puissance dans la région et qu’il faut compter avec elle. Rien de plus.»

A en croire le chercheur, la perte des pays Baltes ne suscite aucune nostalgie particulière à Moscou. «La Russie ne peut pas prétendre contrôler la mer Baltique, passée presque entièrement sous domination occidentale, explique-t-il. Dès lors, elle se contente des deux débouchés qu’elle possède sur ses eaux: la «lucarne» de Saint-Pétersbourg et l’enclave de Kaliningrad. Posséder les côtes estonienne, lettone et lituanienne ne lui apporterait rien de fondamental en plus.»

«La Russie et l’OTAN ont beau se disputer, leurs actions restent rationnelles, souligne Matthieu Chillaud. Elles montrent leurs muscles mais n’ont pas intérêt à nourrir une escalade en mer Baltique. Elles affrontent des menaces communes autrement plus inquiétantes au Moyen-Orient.»

 

Source: letemps.ch / Étienne Dupuis