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mercredi 29 juillet 2015

Bourse Shanghai: nouvelles turbulences, promise à chuter encore plus bas

 

Rien ne parvient à enrayer la panique des investisseurs chinois: la Bourse de Shanghai devrait continuer de s'enfoncer, prédisent des analystes, selon qui le désengagement de l'Etat va s'avérer délicat après des semaines d'interventionnisme forcené sur les marchés.


Gu Luxian, ancien employé de banque, s'était mis à boursicoter après avoir quitté son emploi. Mais échaudé par la rechute spectaculaire de la Bourse shanghaïenne lundi, il se montre prudent. "Je vais attendre qu'elle descende encore, autour de 2800 points", c'est-à-dire un plongeon de quelque 25% par rapport au niveau actuel, explique-t-il à l'AFP. "Alors seulement, je me remettrai à racheter des actions. Tout le monde est en train de fuir, alors pourquoi rester?", argumente-t-il.


Une forte majorité des dizaines de millions d'investisseurs boursiers chinois, à plus de 90%, sont des petits porteurs, des particuliers réputés suivistes. Ce qui a contribué à alimenter l'envolée des marchés (+150% en un an à Shanghai, à coup d'endettement massif)... avant d'accélérer la débâcle quand la confiance a commencé à se fissurer le mois dernier.


Après la longue dégringolade des Bourses chinoises à partir de mi-juin (elles ont abandonné 30% en trois semaines), les autorités ont déployé un vaste arsenal de mesures qui ont permis de stabiliser la situation. Mais l'accalmie n'aura pas duré: la place shanghaïenne a décroché de 8,48% lundi, s'est de nouveau repliée mardi, et le sursaut de mercredi (+3,44%, à 3789 points) pourrait, de l'avis général, s'avérer momentané.


"Il est très improbable qu'on assiste maintenant à un rebond significatif", indique à l'AFP Zhang Gang, analyste du courtier Central China Securities.
Pour lui, le marché devrait continuer à descendre, testant les planchers de 3500 points, puis de 3200 points, dans un climat de grande volatilité.


Depuis un mois, l'Etat n'a certes pas ménagé ses peines, avançant une main ostensiblement visible: les régulateurs ont interdit aux actionnaires possédant plus de 5% dans une entreprise cotée de vendre leur participation, et enjoint les maisons de courtage à racheter massivement des titres. La banque centrale a promis de fournir des liquidités abondantes pour le financement des "opérations sur marge" (achats d'actions par endettement), et les autorités ont menacé d'arrêter les auteurs de ventes à découvert suspectes.


Mais tout cela peine à convaincre les investisseurs ordinaires. "Ces décisions vont généralement dans la bonne direction, mais cela prendra du temps aux investisseurs pour le reconnaître", observe M. Zhang, qui prévoit une embellie... l'année prochaine. L'euphorie des Bourses locales était déconnectée de l'état réel de l'économie chinoise --en plein ralentissement--. Or la conjoncture inquiète toujours: l'activité manufacturière s'est encore contractée en juillet, selon un indice provisoire. Et le principal défi pour Pékin sera désormais de se retirer progressivement des marchés sans effrayer les investisseurs individuels.


De fait, la crainte de voir l'Etat retirer prématurément son appui a largement contribué à la récente rechute. Le gouvernement "n'aura d'autre choix que de réduire son interventionnisme, et c'est ce que redoute le marché", explique Steve Yang, stratégiste de la banque UBS, cité par l'agence Bloomberg.


Mais "ce processus sera extrêmement long, à court terme ils ne vont pas se précipiter" pour vendre toutes les actions rachetées par les groupes, structures et courtiers contrôlés par l'Etat, a-t-il avancé. D'autres facteurs négatifs sont au contraire impossibles à maîtriser, comme la remontée attendue des taux d'intérêts aux Etats-Unis, susceptible d'impacter l'activité mondiale. Mais personne n'ose s'avancer sur le niveau-plancher auquel la Bourse de Shanghai est susceptible de descendre avant de rebondir.


Pour la maison de courtage japonaise Nomura, le plongeon offrira des occasions d'achats à bon compte, mais "la consolidation pourra se poursuivre jusqu'à la saison des résultats (d'entreprises) mi-août". Entretemps, "les marchés resteront très instables, malgré le plan de sauvetage massif" des autorités, et cela "nourrira des pressions à la baisse sur la croissance", avertissait la banque ANZ.


La volatilité et la baisse brutale du volume des transactions boursières --les investisseurs se tenant à l'écart-- entameront les revenus du secteur financier et pénaliseront l'économie. Tom DeMark, analyste américain interrogé par Bloomberg, évoquait pour sa part la crise boursière américaine de 1929, et s'attendait à voir le marché shanghaïen plonger à 3200 points d'ici à trois semaines. A ses yeux, les interventions gouvernementales sont futiles: "Vous ne pouvez pas manipuler les marchés, les fondamentaux finissent toujours par leur dicter leur direction".


Source: romandie.com